L’appel a la déesse, 1942· Sursum
Sursum
à Jean-Marie Guislain.
Ne cède pas à la tristesse. Persévère.Qu’on ait dit de tes chants qu’ils n’ont plus cette fleurNi l’éclat de jeunesse, ardente, prompte, claire,Dont la joie et la force exaltent la couleur
De pourpre, d’or, de flamme, d’orgueil, et qu’une ombreAlourdit leur élan, que vaut ce vain regret ?Chante, perds le souci de l’âge qu’on dénombreTant que vive en tes vers la sève transparaît.
Songe à tes odes, Scrute, au point où se dessinePresque informe le germe issu d’un sourd ferment,Le beau suc nourricier qui creuse la racine,Monte, et jaillit au faîte en feux de diamant.
Astre éclairant du ciel la marche des Rois Mages,Inespéré trophée ou torches sur la tour,Un rythme à peine né suscite les imagesEntraînant ton esprit au plus fervent amour.
Jardin de vives eaux, fleurs aux miroirs, quinconcesD’arbres géants, aimés des dieux, plein de frissons,Aux fiertés qui t’ont fait poète tu renonces,Las et déçu ? — Redresse-toi, Réagissons,
La vie est large. L’art la divinise. EncenseDe ta foi, par l’essor de tant d’amour, l’autel.Réagissons contre le doute et l’impuissance ;Tu crois encore, et tu t’émeus au moindre appel.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’appel a la déesse, Paris, F. Sant’Andrea, éditeur, 1942· numérisation opac.kbr.be· Sources