La Halte sous les hêtres, 1908· Les ombres
VII. Juillet
Si tes pieds nus tu les plonges au cours du fleuveIngénument, l’air vibre et l’eau frissonne autour,L’ombre tressaille en vain sans qu’un éclair émeuveLe regard de l’enfant debout au carrefour.
Il n’a vu du peignoir surgir l’épaule pureNi tes lèvres sourire, ou même, torrents d’or,Crouler au long du dos toute la chevelureDont brûle, torche lourde et souple, Messidor :
Messidor ! chauds halliers où chante sous les feuillesLa lassitude encor trop forte du désir,Quand parmi les buissons des rives tu recueillesL’appel des voluptés qu’un rêve a pu choisir.
Le ferment fauve embrase aux extases de l’âmeTant de farouche gloire et de tourments domptésQu’on sent se fondre en soi sous l’ampleur d’une flammeLa pulpe du soleil mûri par les étés.
Et telle, nue enfin, étendue et ferventeDans l’herbe, un sein gonflé sous l’azur, les cheveuxEmmêlés et furtifs, gerbe humaine, mouvanteSplendeur, tu t’es offert, ô corps neuf et nerveux !
Mais lui, l’enfant élu, ne sachant rien, et morne,Fixe vers toi ses yeux sans voir, au coin du bois,Que la fête étincelle à son los ; — il se borneA humer l’air docile et frémir quelquefois.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Halte sous les hêtres, Paris, Les Éditions Nationales, 1934· numérisation gallica.bnf.fr· Sources