La Halte sous les hêtres, 1908· Les ombres
XII. Le tilleul
Droit et seul, sous un flot antique de lumière.STÉPHANE MALLARMÉ.
Haut tilleul droit parmi ton feuillage tremblant,Tu me vis sous ton ombre assoupir d’un élanAffolé vers l’ampleur des aubes le vertigeQui m’emportait. L’essor d’un vain songe se fige,Et déjà, pour l’espoir d’espaces baptismaux,La courbe s’accroissant au creux de tes rameauxAllège en ce fouillis du rêve où tu m’accueillesLe soleil jeune épars au frisson vif des feuilles :J’ai saisi l’une et, l’élevant entre mes doigts,A suivre le réseau des nervures, je voisProfondément, métal d’une eau dont le présageAffleure d’un lointain et touffu paysageAux brumes rousses, si traînantes, de l’oubli,Sourdre et grandir comme en un miroir, qu’a pâliEt trouble obstinément une haleine fanée,Paraît par son visage vrai la Destinée,Tel toi, haut sous l’émoi des branches, fier tilleul,Celui que j’eusse été peut-être, — droit et seul !
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La Halte sous les hêtres, Paris, Les Éditions Nationales, 1934· numérisation gallica.bnf.fr· Sources