La nef désemparée, 1908· Guirlandes· Commémorations
A José-maria de Heredia
La dalle de la tombe au détour du cheminEst celle d’où mon âme éveillée à l’auroreVit vers elle jadis ta tige svelte éclore,Lys ! et s’épanouir en pâleurs de carmin.
Tige brisée et fleurs d’orgueil sans lendemainL’ouragan outrageux passe et vous décolore ;Et me voici, plus triste et taciturne, encoreInterroger la tombe, un lys mort dans la main.
Nul soleil ni l’espoir d’une étoile éphémèreNe suscite le vol d’une ardente chimèreVers l’éveil de ton rêve, ô Rêve, où tu t’endors :
La promesse des temps s’élude et se dénie ;Les cendres ont terni l’astre d’épiphanie ;L’Enfant ne naîtra pas ; les Rois-Mages sont morts.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nef désemparée, Paris, Société du Mercure de France, 1908· numérisation books.google.com· Sources