La nef désemparée, 1908· Guirlandes· Commémorations
L’Hiérodoule
L’hiérodoule au cœur d’éternel diamant
Dans la suprême nuit contemple éperdument
L’hiver du ciel blanchi par le givre des astres.E. M.
Celui qui chante est un enfant, et sa chanson,Rose clémente éclose douce en la mémoire,Grandit, grave d’amour, vers l’aurore illusoireD’où les prêtresses d’or sourient dans un frisson.
Et toi, n’écoute plus les fifres de l’automne,Les sanglots de la nuit ou les dolents midisS’éteindre vers l’hiver en les chênes raidisParmi l’oubli des fleurs dont la terre s’étonne.
O saisons ! c’est de vivre et d’aimer le seul prix ;La voix hardie entr’ouvre un jardin de délicesOù tu viennes parmi les parfums, et remplissesTout ton rêve de joie et de printemps fleuris.
Laisse la vie, Ami, qui s’agite méchanteEt qu’emportent les vents vers d’obscurs lendemains :Un exil tendre offre à ton songe des cheminsD’extase, et l’hiver même, écoute ! la voix chante ;
Regarde, et quand tes yeux se pâmeront d’amour,Tu verras s’avancer la belle hiérodouleDont la marche aux sentiers que sa sandale fouleParsème tout le ciel des corolles du jour.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nef désemparée, Paris, Société du Mercure de France, 1908· numérisation books.google.com· Sources