Le Jardin des Îles claires, 1901· Cinq petits poèmes de la mer et du vent
II. « A peine d’un souffle la mer tressaille »
A peine d’un souffle la mer tressaillePar ce matin de clair été ;Au lointain nul passage d’une voileN’a frémi dans la clarté.Le vieux saule de la falaise,Las des luttes, immobile, s’apaise,Dormeur sans le sursaut, fût-ce d’un rêve,Dont lent le rythme soulèveLe puéril essor de maint oiseau.Le sourire silencieux des eauxDisperse à des cimes ses fleursOù boire la pure lumièreEt l’extase de la chaleur.Tout résonne des profonds bruitsQue sème la sereine lumière,Toute la terre, la plage, les bois, touteLa terre, les flots, l’air même ne bruitQue du frôlement seul de la lumière.L’aile du vain désir s’éteint sans douteOù ne s’embrase multiple qu’un silenceUnanime et radieux,Pétales épars neigés des cieuxPar le soleil vers le silence,Et l’air que nul souffle ne balanceVibre et poudroie comme du sable,Dans ce matin calme d’étéL’air se pâme dans la clarté.
27 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Jardin des Îles claires, Paris, Mercure de France, 1901· numérisation books.google.com· Sources