Le Jardin des Îles claires, 1901· Cinq petits poèmes de la mer et du vent
I. « Fraîcheur des herbes ! un matin de clarté pure »
Fraîcheur des herbes ! un matin de clarté pureTout humide des averses de la nuitRouvre à chaque miroir qui sur les feuilles luitLe rêve ancien d’un ciel lointain et calme :Clairs océans, si j’y bois de feuille en feuilleVoici me rire l’eau d’un désir, je la cueilleAu vivace millier des scintillantes gemmes,Et, loin des foules et des villesEt des vains bruits et des secousses stérilesOù toute ma vie apparaît en exilJe me libère vers les îles de silence !Ardente proue, une âme s’élanceFière vers les conquêtes plus superbesDe mer en mer où le mirageFéconde d’inconnu les anses et les plages :Là, pure la vie exulteOublieuse en leur ténèbre des tumultes,Et c’est la paix prodigieuse des herbes,Fraîcheur des herbes !
19 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Jardin des Îles claires, Paris, Mercure de France, 1901· numérisation books.google.com· Sources