Le sang des Fleurs, 1889
IV. « J’ai saisi le Vampire au col en mes deux mains »
J’ai saisi le Vampire au col en mes deux mains,Je l’étreins fortement, je veux qu’il rende gorge,Mais j’ai beau haleter comme un soufflet de forge,J’ai beau me consumer en efforts surhumains,
Je ne puis étrangler le monstre qui m’accable,Qui se colle à ma chair et s’abreuve de sang :Contre cet acharné je me sens impuissant,Je ne puis que céder à sa rage implacable.
O Vampire du cœur, Amour, ô mon effroi,Je ne lutterai plus ; je me soumets ! — Ta lèvrePeut à longs traits humer ma force qui décroît.
Je saurai m’endurcir aux frissons de la fièvreEt tu pourras vider mes veines, sans qu un pleurNe révèle en mes yeux mon intime douleur.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le sang des Fleurs, BRUXELLES, IMPRIMERIE VEUVE MONNOM, 1889· Sources