Le sang des Fleurs, 1889
V. « Vierge ! par la beauté, par la grâce et l’esprit »
Vierge ! par la beauté, par la grâce et l’espritVous vous montrez pareille aux déesses antiquesDont la céleste chair avec orgueil fleurit.
Vous avez la splendeur de leurs contours plastiques,Et, parmi les Amours rayonnants et joyeuxsur vos lèvres se jouent les abeilles attiques.
Les plus chastes désirs illuminent vos yeux :Vous êtes le poème idéal de la femme ;Les hommes devant vous tremblent d’amour pieux.
Vous avez la candeur et la noblesse d âme,Il semble, à votre aspect, sous l’horizon lointainQue le ciel endormi se réveille et s’enflamme.
L’aube n’a pas l’éclat vermeil de votre teint.Le soleil n’a pas l’or de votre chevelure,Il n’a pas votre rire adorable et mutin.
Et je veux vous chanter, ô Vierge calme et pure,Je veux vous consacrer un autel où les fleursPar milliers égaieront la mousse et la verdure ;
Et parmi les clartés de leurs vives couleursJe mettrai, d’une main exercée et légère,Pour préserver l’autel des impures chaleurs,
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le sang des Fleurs, BRUXELLES, IMPRIMERIE VEUVE MONNOM, 1889· Sources