Le sang des Fleurs, 1889
XXII. « Qu’importent les trois mots de feu dans les ténèbres »
Qu’importent les trois mots de feu dans les ténèbres ?Vers l’avenir prochain des menaces funèbresJe vais résolûment. Mon cœur est fort. Je veuxDe chansons, de plaisirs, de regards et d’aveuxRéjouir sans effroi mon cœur toujours avide ;La mort est insondable, et la vie est si vide.Oh ! les vases sacrés dont j‘ai pu me saisir :L’inaltérable rêve et l’éternel désir,Je ne les rendrai pas à la voix du prophète ;Nul ne viendra troubler la splendeur de la fêteQue l’amour impassible illumine d’orgueil ;Nul ne m’entraînera dans la nuit de son deuil ;Je veux vivre. Je veux aimer. Je veux l’ivresseDe la voix qui commande et de l’œil qui caresse ;Je veux aimer la femme, et ses roses pâleursOù circule le sang héroïque des fleursVirginales, des fleurs farouches et hautaines.O blonde enfant, pareille aux princesses lointainesQui dorment dans l’oubli de leur chère beauté,Princesse de douceur et d’ardente clarté,C’est à Vous que s’en vont l’encens de mes penséesEt les dévotions de mes mains enlacées ;C’est Vous qui enseigner l’aurore, et conduisezPar les sentiers fleuris mes pas divinisés ;Par Vous je n’aurai rien ignoré de la vie,Par Vous j’aurai vécu libre et fort, sans envie,Levant sur tous mes yeux sans mépris ni remord,Et, quand la mort viendra, sans crainte de la mort.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le sang des Fleurs, BRUXELLES, IMPRIMERIE VEUVE MONNOM, 1889· Sources