Le sang des Fleurs, 1889
XXI. « Dans la paix et l’oubli de mon âme endormie »
Dans la paix et l’oubli de mon âme endormie.Où gît le rêve mort d‘une douleur amie…Oh ! puisiez-vous toujours, mes chers espoirs défunts,Effeuiller les baisers pensifs de vos parfumsEt les lents souvenirs des anciennes ivresses.Toi, qui viens la première, ô femme, et qui caressesLe velours bleu du songe innocent de ton œilOù la Beauté sourit dans un éclair d’orgueil,Toi, dont art déflora le désir de mes lèvres,Et Vous, à chœur pâlir de mes amantes mièvres,Maternelles, berçant de votre blond regardLe deuil enseveli dans l’œil vide et hagardOù se meurt le regret des candeurs délaissées,Repeuplez le Jardin désert de mes pensées,Repeuplez de vos Jeux et de votre gaîtéLa désolation du jardin dévasté.Et Toi surtout, ma Sœur et ma Consolatrice,Renais dans ta beauté, viens ! qu’en nous refleurissePlus rose que la pourpre odorante du sangLa tranquille fierté de notre amour naissant,Et de tes yeux de gloire où germent les lumières,Éteins, flétris les yeux des visions premièresEt les charmes lointains de leurs rires pervers :Renais dans notre amour et fleuris dans mes vers.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le sang des Fleurs, BRUXELLES, IMPRIMERIE VEUVE MONNOM, 1889· Sources