Nuits d’Épiphanies, 1894· Le bois frissonne au crépuscule
L’entrée dans la forêt
Sous les hauts frênes et les hêtres de la forêtDans les brumes du crépusculeLes frôleuses lueurs de la luneSe glissent pâles jusqu’aux rochers de la valléeEt s’opalisent aux feuillages violets.Les trois grands Cavaliers venus vers la forêtPar la rieuse alléeDont la pelouse éclate en fleurs dans la valléeN’ont pu voir aux frôleuses lueurs de la luneSous les brumes du crépusculeLeur route de gaîté qui soudain disparaîtEntre les herbes obscures de la forêt.Parmi le glacial effarement de l’heureEt pour l’angoisse de leur marche dans la nuitLes broussailles s’épeurent,Les feuilles aux arbres ont frémi.Les Cavaliers dans la forêtSavaient-ils le ravin qui dévale au lac d’ombreD’où l’on a vu des nuits de stygiennes ombresSurgir au lac blêmi de pâleurs de suaires ?Malgré la ronce et les épines dont s’encombreLe ravin qui s’éboule au lac des ossuaires,Égarés en la nuit des taillis qui s’éplorentAu lac sombre ignoré d’où s’élèvent les ombresDans la pâleur de leurs suaires,Si les trois Cavaliers entrés dans la forêtPour fuir l’été brûlant sur les landes encoreOnt foulé le ravin que des ronces encombrentJusqu’où brusque il s’éboule au lac des ossuaires,A leur tour spectres tels que ces ombres errantesQui déjà le hantaient, ils font le lac blafardEt les feuillages frissonner d’épouvantePour leur sursaut nocturne à travers le brouillard.
33 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Nuits d’Épiphanies, Paris, Édition du Mercure de France, 1894· numérisation books.google.com· Sources