Nuits d’Épiphanies, 1894· Le bois frissonne au crépuscule
Le fifre
Descendant des collines vers la valléeDes collines stériles et nuesIls suivaient lentement les sentes inconnuesVers la vallée et vers la forêt de nos frênes,Et tant les hymnes à l’horizon s’envolaientDe mon fifre chanteur amèneQue se cabraient les chevaux vifs de leur escorteEt que moqueurs les jeunes guerriers de là-basVenus d’outre les monts où la joie est si forteQue la gaîté du fifre ils ne la sentent pasL’appelaient dédaigneux ! gaîté d’une âme morte.Survenus de ces collines d’où l’on voitMonter vers la gloire des pourpres vespéralesEn la splendeur des mers leur île d’hyacinthe,Ce sont des rois dont les tempes étaient ceintesD’une guirlande des clartés triomphalesEt qui faisaient vers nous le geste de l’espoir.Ils s’en venaient parmi le soirDes délices laissées en leur île sainteVers nos champs de tristesse et vers nos cités mortesEt seuls, congédiant leurs bruyantes escortes,Ils entrèrent sous la lourde forêt des frênesPar les sentiers où les sons de mon fifre amèneCharmaient les roses nouvellesEt les iris qui rient au bord des précipices.Leurs doigts cueillent des fleurs qui soudain se flétrissentMais n’ayant pas compris ce présage mortelLes trois Rois seuls sans leur tumultueuse escorteS’en sont venus vers nous sous la forêt où telsA présent dans la nuit que des spectres surgissentLeurs formes effarer la torpeur des eaux mortes.
31 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Nuits d’Épiphanies, Paris, Édition du Mercure de France, 1894· numérisation books.google.com· Sources