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un seul est le mot juste.

Nuits d’Épiphanies, 1894· L’épiphanie

L’espoir agonise en l’amour

André Fontainas· 83 vers

Nous venons vers Toi de tout le sourire du matinOù l’embûche des soirs s’annule au ciel lointain ;

Nous venons vers Toi du fond des terreurs nocturnesOù râla l’Espoir comme l’Ennemi rompu,Où l’Espoir expira de sanglots taciturnes.

Les ronces hérissaient leurs dents âpres d’ennui,Les frissons de l’horreur angoissaient le silence,Tant de nuits opprimaient les affres de la nuit :Par la morne vallée,O nuit de toutes les nuits de notre espoir,Agonisant espoir de la lutte d’un soirD’ardeur farouche dans notre âme exiléeDes palais bienheureux vers d’autres soirs !Nul, palais princiers des premières nonchalancesSous vos lambris chanteurs n’est mort de son silenceS’il eût une âme saine et sereine d’espoir.La lutte tragique en les tragiques soirsEst dure et rude à l’âme tendre, son silenceSaigne aux nocturnes cris des assauts et des armes,Elle saigne de blessures sous l’horreur de la nuitTrop lourde et les frissons d’insidieux vacarmesA peine s’essorant aux silences d’ennuiLourds et troplourds d’horreur et frissonnants et lourds.O la lutte nocturne est rude aux âmes tendresAux âmes par l’espoir des palais exiléesQue l’aventure d’une nuit de toutes les nuits de leur espoirA travers tant de ronces et de ronces fait descendreQu’en la morne valléeL’Espoir agonise de l’angoisse d’un soir.Tant d’ennuis et de nuits en l’affre d’une nuit,Tant d’angoisses de deuils aux frissons du silence !

Mais ô notre âme ! tu restes forteDe toute la ferveur de toute l’espérance,Malgré la lourde horreur d’un tel ennuiO notre âme que l’Espoir réconforte,Les armes des assauts de la nuit sont sans force,

Les embûches de la Mort sont sans pouvoir et vaines,A cause, ô Toi notre Âme, de toute la forceDe ton espoir en tout l’Espoir,La nuit ne fit assaut que d’armes vaines,Les embûches de la mort l’ont trahie et sont vaines,La nuit et la mort sont sans force.Accueille cette palme que nous cueillîmes pour Toi,Roi qui sais la souffrance et enseignas d’aimer.Le matin doux d’espoir s’offrit à ranimerNotre âme raffermie et confiante en Toi.

O clair éveil du chant de l’aubeQuel brillait en l’azur ton sourire, Soleil !Toute ténèbre est morte où la nuit se dérobe,L’âme renaît légère au ciel qui la réveille.

L’azur vert appâli d’une opaleJouait tendre en des caresses de lumière,Le matin rayonnait d’espoir sur la clairièreAu bord du bois d’où fuit la brume sépulchrale.

Nos pas suivaient le regard pâle de l’opaleQui tendre s’imposait en caresses de lumièreJusqu’au fond même de cette clairièreD’où lente s’éludait la brume sépulchrale.

Nous voici près de Toi sur qui brilla l’opaleEn ses rayons pâlis et sa fraîche lumière,Héros de notre espoir vainqueur en la clairièreDes affres de la Mort et des nuits sépulchrales.

Tu désignes l’Espoir et tu dis la ParolePar où vaincre les maux et les haines frivoles,Et là dans l’Orient des douceurs fatidiquesScintille l’astre sûr promis à notre foi.

O Roi,Nulle nuit n’a dompté l’espoir aux âmes puresQui saluent avec Toi l’aube nouvelle et sûreDes jours d’un rêve saint et de l’amour paisible.

Vers l’horizon promis de clartés virginalesLe rêve qui nous guide et l’étoile ductriceÉtaient selon notre âme même où s’attendrissentLes rayons invaincus des douceurs matinales.

Nos yeux voient s’ériger sur le mont souverainLe sanctuaire pur d’où vibrera le VerbePar qui l’astuce vile et la folle superbeS’assoupliront en chants candides et sereins :

C’est le Temple de la JoieQue notre âme a trouvée après son âpre voie,(Nuages de cinname et de myrrhe et de nard).Et nos baisers de rois vieillards tremblent de joieAu pied nu de l’Enfant qui sera Dieu plus tard.

83 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Nuits d’Épiphanies, Paris, Édition du Mercure de France, 1894· numérisation books.google.com· Sources