Récifs au soleil, 1922· I Récifs
Aquarelle
à Henry-Edmond Cross.
Les rochers vers la mer s’inclinent doucement,Et, des flots du feuillage aux jardins éblouisOù rit en se jouant la corolle des vagues,L’air parfumé du feu dont le soleil l’embrase,Azur vierge irradié du pur diamant,Dans les rouges parois pénètre et resplendit.
Par limpides remous les floraisons d’extaseOndulent en frissons d’or, de pourpre, de rose ;Ils affleurent d’éclairs les galets dans le sableAux caprices légers de la brise qui jase,Et ils dénouent au ciel dont le brasier l’accableLa caresse de sa chevelure déclose.
Un lent balancement de reflets diaprésRévèle à l’horizon la présence de barques ;Une voile s’émeut, qu’a frôlée une haleine,Et, d’une aile tendue aux désirs enfiévrésDe boire la lumière dont la mer est pleine,Au lointain elle plonge, brusque, et se hasarde.
Et dès lors dans le calme et le vaste silenceOù l’heure heureuse s’alentit et ne voit pasQue se lèvent là-bas d’impalpables buéesMenaçantes vers les voiles qui se balancentAu large, soudain rampe, accrue et déployée,La lourde terreur de nuages noirs et bas.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Récifs au soleil, Amiens, Librairie Edgar Malfère, 1922· numérisation books.google.com· Sources