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un seul est le mot juste.

Récifs au soleil, 1922· I Récifs

Enfance

André Fontainas· 68 vers

Mon enfance en moi se cache,
lointaine et présenteCHARLES MARGUERIT.

Les eaux fraîches comme les yeux des fiancées,La candide ferveur des lys, les longues nuitsSolitaires, loin du fumier des vils ennuisOù s’épuisaient d’aimer mes futiles pensées,

La gloire de surprendre en des regards frémirL’appel inconscient dont s’émeuvent, corollesParmi le tendre azur de naïves paroles,Les chères voluptés du jeune souvenir,

De vous, mon patient passé, mélancolieQu’un plaisir souvent même aggrave de regret,Je ne sais du passé que ce qui me paraîtDans la brume à présent n’être que fiel et lie.

Mon Enfance parmi les fêtes et les jeuxJaillissait éperdue et se pâmait de joieSi haut dans le ciel clair où l’astre heureux flamboieEt transfigure d’or les horizons fangeux,

Que, si haut dans le ciel où le songe s’élance,Toujours s’épanouit sur le désastre obscur,Prodige inaltérable et parfum aussi pur,Ton visage riant, ô ma divine Enfance !

Si douce et pourtant si grave, je te revoisAvec tes yeux de fièvre où le printemps s’achève,Qui t’accoudes au fond des jardins de ton rêveEt qui guettes au loin de nostalgiques voix !

La danse t’a lassée et ton âme indéciseS’épeure de songer que partout, à foison,Dans le couchant d’extase une ample floraisonDe roses doucement fleur à fleur agonise.

Le jour déjà décline et, frissonnant, le soirS’élève avec lenteur des mers occidentales ;Regarde : autour de toi s’effeuillent les pétales,Va, pleure sur la rive où tu revins t’asseoir.

Ma belle Enfance, en qui mon songe recommence,Tu t’es penchée en vain sur mon espoir viril,L’automne est là ; je ne ris plus aux fleurs d’avril,Mon cœur fané se ferme aux refrains de romance.

Je ne bondirai plus dans l’ardeur du matinDu même élan fougueux dont bondissent les chèvresVers les vergers promis à la soif de mes lèvres ;Le fruit pourrit sur l’arbre, et n’est jamais atteint.

Mon Enfance si bonne et si tendre, qu’attristeA peine un peu d’angoisse et qu’exalte l’orgueilDe naître au jour, malgré les tourments et le deuilSur mes pas comme des bêtes flairant leur piste,

Fière dans la lumière en fête et les parfumsDes virginales fleurs que tu voyais éclore,Tu savourais innocemment, frêles d’aurore,Ces rêves d’avenir qui te navrent, défunts.

Qu’attends-tu désormais ? Des ténèbres têtuesT’environnent tandis que le soleil décroît ;Tu sanglotes de peur, ton pauvre cœur a froid,Lugubre est le silence où les voix se sont tues.

O voix d’amour et de jeunesse dans le cielFabuleux où flambait ta candeur éblouie ;O voix trompeuses qui, sur le seuil de la vie,Te lançaient leur joyeux et nostalgique appel,

Ma pauvre Enfance, meurs ! Tes forces dépenséesSur le puant fumier des futiles ennuisNe peuvent plus puiser dans le marais des nuitsCette ferveur qui brûle aux yeux des fiancées,

Ni, parmi les regrets d’un traînant souvenir,Surprendre, quand surgit la flamme des corollesPalpitantes, avec de naïves paroles,L’inconscient émoi d’un doux regard frémir.

Plus un délire, rien que tu puisses attendreN’enchantera dès à présent ton cœur vieilli.Meurs donc, puisqu’il le faut ! Du moins auront jailliQuelques brèves lueurs du fond de tant de cendre.

68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Récifs au soleil, Amiens, Librairie Edgar Malfère, 1922· numérisation books.google.com· Sources