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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Vers l’azur, 1931

XXIII. Étapes

André Fontainas· 32 vers

Le parfum de ton corps nu parmi les coussins,Les climats de ta main, la douceur de tes seins,Ta nuque où l’air scintille aux clairs cheveux qu’il frôle,La limpide fraîcheur ondulant de l’épauleSelon la ligne altière et longue de tes bras,Quels mouvants ou sereins horizons tu créerasDans des glaciers d’éclat perfide, dans les junglesEt les pampas, au gré de tes yeux, de tes ongles,De tes lèvres, de leurs caresses, au frissonD’un rêve et, dans ta voix éclose, la chansonExaltante toujours, et si proche, et lointaine,D’où monte l’éternel élan de la fontaineÉperdument pâmé vers l’immuable azur.J’ai séjourné sous les palmiers de l’Inde, surTant de cimes au bruit de sources continuesEt tendres, tant d’odeurs de fleurs sont survenuesEt m’ont surpris d’émois délicats et profondsQu’en ces bonheurs, en ces extases je me fondsAvec toi, bien-aimée, et par toi, pour la vie.Ma joie exulte d’être à ton âme asservie,Une aurore s’embrase au fronton des palaisCélestes ; la clarté des nuits surgit, refletsD’étoiles miroitant aux vagues déferlantes.Tout autre orgueil, tout souvenir que tu supplantesCède, cendre muette, au foyer qui s’éteint.L’embrun rose mêlant dans l’ambre de ton teintUne grâce plus frêle aux traits de ton visageQue n’est à mon appel cet été que présageLe ruissellement ingénu d’un beau réveilJuvénile, assouvit mon âme de soleil.Nulle ombre. Hormis toi, tout est ombre et poussière.

O voix, emporte-moi ! Consume-moi, Lumière !

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers l’azur, Bruxelles, Société des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique, 1931· numérisation gallica.bnf.fr· Sources