Le Géranium ovipare, 1935· Ballade en l’honneur de messieurs les chats-fourrés
Ballade en l’honneur de messieurs les chats-fourrés
Tuons ces méchans chats-fourrés,
ce sont tiercelets du diable.Rabelais.
Vautrés sur leur siège pendantque le procureur incrimineavec des gestes de pédant,solennels autant qu’un flaminel’un se gratte, l’autre rumineon prendrait pour de gros colisou pour des bœufs de Taormineles vieux conseillers ramollis.
Chauves, goutteux et brèche-dent,ils cultivent la balsamine,boivent de l’orge et du chiendentet plus d’un suit quand il chemineles mollets de telle gamine :le soir, ils pissent dans leurs litsdu sucre ou bien de l’albumineles vieux conseillers ramollis !
Mais ils sont moraux ! Gourmandantles mœurs d’un temps qui s’effémine,grand Dieu ! comme ce présidentest imposant quand il fulmine !(tel ce grec après Salamine) !Impollus comme fleur-de-liset plus blancs que leur blanche hermine,les vieux conseillers ramollis !
Prince, ils ont beau faire la mine,ils ne sont pas jolis, jolis !Vainement la pourpre enlumineles vieux conseillers ramollis !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Géranium ovipare, Paris, JOSÉ CORTI, 1935· numérisation wikisource.org· Sources