Émaux et camées, 1872
Camélia et paquerette
On admire les fleurs de serreQui loin de leur soleil natal,Comme des joyaux mis sous verre,Brillent sous un ciel de cristal.
Sans que les brises les effleurentDe leurs baisers mystérieux,Elles naissent, vivent et meurentDevant le regard curieux.
A l’abri de murs diaphanes,De leur sein ouvrant le trésor,Comme de belles courtisanes,Elles se vendent à prix d’or.
La porcelaine de la ChineLes reçoit par groupes coquets,Ou quelque main gantée et fineAu bal les balance en bouquets.
Mais souvent parmi l’herbe verte,Fuyant les yeux, fuyant les doigts,De silence et d’ombre couverte,Une fleur vit au fond des bois.
Un papillon blanc qui voltige,Un coup d’œil au hasard jeté,Vous fait surprendre sur sa tigeLa fleur dans sa simplicité,
Belle de sa parure agresteS’épanouissant au ciel bleu,Et versant son parfum modestePour la solitude et pour Dieu.
Sans toucher à son pur caliceQu’agite un frisson de pudeur,Vous respirez avec déliceSon âme dans sa fraîche odeur.
Et tulipes au port superbe,Camélias si cher payés,Pour la petite fleur sous l’herbe,En un instant, sont oubliés !
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a serre / verre féminine, classiqueb natal / cristal masculine, classiquea effleurent / meurent féminine, classiqueb mystérieux / curieux masculine, classiquea diaphanes / courtisanes féminine, classiqueb trésor / d’or masculine, classiquea Chine / fine féminine, classiqueb coquets / bouquets masculine, classiquea verte / couverte féminine, classiqueb doigts / bois masculine, classiquea voltige / tige féminine, classiqueb jeté / simplicité masculine, classiquea agreste / modeste féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquea calice / délice féminine, classiqueb pudeur / odeur masculine, classiquea superbe / l’herbe féminine, classiqueb payés / oubliés masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Émaux et Camées, G. CHARPENTIER et E. FASQUELLE, 1895· numérisation Project Gutenberg· Sources