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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Émaux et camées, 1872

Symphonie en blanc majeur

Théophile Gautier· 18 quatrains, octosyllabes, 72 vers

De leur col blanc courbant les lignesOn voit dans les contes du Nord,Sur le vieux Rhin, des femmes-cygnesNager en chantant près du bord,

Ou, suspendant à quelque brancheLe plumage qui les revêt,Faire luire leur peau plus blancheQue la neige de leur duvet.

De ces femmes il en est une,Qui chez nous descend quelquefois,Blanche comme le clair de luneSur les glaciers dans les cieux froids ;

Conviant la vue enivréeDe sa boréale fraîcheurA des régals de chair nacrée,A des débauches de blancheur

Son sein, neige moulée en globe,Contre les camélias blancsEt le blanc satin de sa robeSoutient des combats insolents.

Dans ces grandes batailles blanches,Satins et fleurs ont le dessous,Et, sans demander leurs revanches,Jaunissent comme des jaloux.

Sur les blancheurs de son épaule,Paros au grain éblouissant,Comme dans une nuit du pôle,Un givre invisible descend.

De quel mica de neige vierge,De quelle moelle de roseau,De quelle hostie et de quel ciergeA-t-on fait le blanc de sa peau ?

A-t-on pris la goutte lactéeTachant l’azur du ciel d’hiver,Le lis à la pulpe argentée,La blanche écume de la mer ;

Le marbre blanc, chair froide et pâle,Où vivent les divinités ;L’argent mat, la laiteuse opaleQu’irisent de vagues clartés ;

L’ivoire, où ses mains ont des ailes,Et, comme des papillons blancs,Sur la pointe des notes frêlesSuspendent leurs baisers tremblants ;

L’hermine vierge de souillure,Qui, pour abriter leurs frissons,Ouate de sa blanche fourrureLes épaules et les blasons ;

Le vif-argent aux fleurs fantasquesDont les vitraux sont ramagés ;Les blanches dentelles des vasques,Pleurs de l’ondine en l’air figés ;

L’aubépine de mai qui plieSous les blancs frimas de ses fleurs ;L’albâtre où la mélancolieAime à retrouver ses pâleurs ;

Le duvet blanc de la colombe,Neigeant sur les toits du manoir,Et la stalactite qui tombe,Larme blanche de l’antre noir ?

Des Groenlands et des NorvègesVient-elle avec Séraphita ?Est-ce la Madone des neiges,Un sphinx blanc que l’hiver sculpta,

Sphinx enterré par l’avalanche,Gardien des glaciers étoilés,Et qui, sous sa poitrine blanche,Cache de blancs secrets gelés ?

Sous la glace où calme il repose,Oh ! qui pourra fondre ce cœur !Oh ! qui pourra mettre un ton roseDans cette implacable blancheur !

Versification

Forme
18 quatrains (quatrains)
Rimes
18(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
18 quatrains
Mots à la rime
a lignes / femmes-cygnes féminine, classiqueb Nord / bord masculine, classiquea branche / blanche féminine, classiqueb revêt / duvet masculine, classiquea une / lune féminine, classiqueb quelquefois / froids masculine, classiquea enivrée / nacrée féminine, classiqueb fraîcheur / blancheur masculine, classiquea globe / robe féminine, classiqueb blancs / insolents masculine, classiquea blanches / revanches féminine, classiqueb dessous / jaloux masculine, classiquea épaule / pôle féminine, classiqueb éblouissant / descend masculine, classiquea vierge / cierge féminine, classiqueb roseau / peau masculine, classiquea lactée / argentée féminine, classiqueb d’hiver / mer masculine, classiquea pâle / opale féminine, classiqueb divinités / clartés masculine, classiquea ailes / frêles féminine, classiqueb blancs / tremblants masculine, classiquea souillure / fourrure féminine, classiqueb frissons / blasons masculine, classiquea fantasques / vasques féminine, classiqueb ramagés / figés masculine, classiquea plie / mélancolie féminine, classiqueb fleurs / pâleurs masculine, classiquea colombe / tombe féminine, classiqueb manoir / noir masculine, classiquea Norvèges / neiges féminine, classiqueb Séraphita / sculpta masculine, classiquea l’avalanche / blanche féminine, classiqueb étoilés / gelés masculine, classiquea repose / rose féminine, classiqueb cœur / blancheur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Émaux et Camées, G. CHARPENTIER et E. FASQUELLE, 1895· numérisation Project Gutenberg· Sources