España, 1845· España
Le soupir du more
Ce cavalier‖ qui court vers la montagne,Inquiet, pâle au moindre bruit,C’est Boabdil,‖ roi des Mores d’Espagne,Qui pouvait mourir, et qui fuit !
Aux Espagnols‖ Grenade s’est rendue ;La croix remplace le croissant,Et Boabdil‖ pour sa ville perdueN’a que des pleurs et pas de sang…
Sur un rocher‖ nommé Soupir-du-More,Avant d’entrer dans la Sierra,Le fugitif‖ s’assit, pour voir encoreDe loin Grenade et l’Alhambra :
« Hier, dit-il, j’étais calife ;Comme un dieu vivant adoré,Je passais du GénéralifeA l’Alhambra peint et doré !J’avais, loin des regards profanes,Des bassins aux flots diaphanesOù se baignaient trois cents sultanes ;Mon nom partout jetait l’effroi !Hélas ! ma puissance est détruite ;Ma vaillante armée est en fuite,Et je m’en vais sans autre suiteQue mon ombre derrière moi !
« Fondez, mes yeux, fondez en larmes !Soupirs profonds venus du cœur,Soulevez l’acier de mes armes :Le Dieu des chrétiens est vainqueur !Je pars, adieu, beau ciel d’Espagne,Darro, Jénil, verte campagne,Neige rose de la montagne ;Adieu, Grenade, mes amours !Riant Alhambra, tours vermeilles,Frais jardins remplis de merveilles,Dans mes rêves et dans mes veilles,Absent, je vous verrai toujours ! »
Sierra d’Elvire, 184..
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 3(abab) 2(ababcccdeeed)
- Mètre
- Octosyllabes et décasyllabes (30 de 8, 6 de 10)· profil 8, 4+6
- Strophes
- 3 quatrains, 2 douzains
- Mots à la rime
- a montagne / d’Espagne féminine, classiqueb bruit / fuit masculine, classiquea rendue / perdue féminine, classiqueb croissant / sang masculine, non classiquea Soupir-du-More / encore féminine, classiqueb Sierra / l’Alhambra masculine, classiquea calife / Généralife féminine, classiqueb adoré / doré masculine, classiquec profanes / diaphanes / sultanes féminine, classiqued l’effroi / moi masculine, classiquee détruite / fuite / suite féminine, classiquea larmes / armes féminine, classiqueb cœur / vainqueur masculine, classiquec d’Espagne / campagne / montagne féminine, classiqued amours / toujours masculine, classiquee vermeilles / merveilles / veilles féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies Complètes, Tome Second, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1890· numérisation Project Gutenberg· Sources