Œuvres complètes, 1778· Poesies diverses
A mlle rosalie
Vous voulez donc toujours m’accuser d’imposture ?Plus de ma vive ardeur ma bouche vous assure,Moins votre esprit m’en croit, plus je suis maltraité !O chère Rosalie, avec tant de beauté,Doit-il être étonnant que vous charmiez une ame ?« C’est avec moins de feu que s’exprime un amant. »Cruelle ! dites mieux ; quand un cœur est de flamme,L’homme ne doit jamais s’exprimer froidement.Mais de vos cruautés je vois la source amère :De peur d’être contraint d’y donner du retour,Souvent de fourberie on accuse l’amour ;Et si j’étois aimé, vous me croiriez sincère.
Quand je vous dis, Ces yeux vont droit au cœur,Les Grâces de leurs mains ont formé ce visage,Vous répondez : L’amant est tendre et non flatteur.Eh bien ! vous le voulez, je change de langage ;Écoutez-moi : Ces yeux ne disent jamais rien,Ce teint fade est semblable à la rose séchée ;Rien ne séduit en vous… Quoi ! vous voilà fâchée !Je vous parois grossier !… je le prévoyois bien.Dites-moi donc comment je dois parler pour plaire :Peut-on ne pas louer l’objet de son ardeur ?Peut-être, en vous vantant, qu’à vos yeux j’exagère ;Mais je dis moins encor que n’aperçoit mon cœur.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de gilbert, Paris, CHEZ DALIBGN, LIBRAIRE, 1823· numérisation archive.org· Sources