Œuvres complètes, 1778· Poesies diverses
Les inquietudes de l’amour
Charmant ruisseau, c’est près de toiQue je viens respirer la fraîcheur du feuillage.Hélas sais-tu pourquoi ?De ma félicité j’y retrouve l’image .C’est là, sur ce gazon qui tapisse tes bords,Que Tircis… le barbare ! il me fuit, il m’oublie,Mais il m’aimoit alors !Là qu’il jura cent fois de n’aimer que Sylvie.Oui, disoit-il, ce ruisseau que tu voisRemontera plutôt aux lieux de sa naissance,Oui, plutôt que Tircis ne s’arrache à tes lois.O ruisseau ! mon Tircis a manqué de constance ;Moi seule, hélas ! j’ai gardé mon serment :Tu peux, tu peux enfin remonter vers ta source.Mais le même penchant guide toujours ta course,Et loin de moi je vois fuir mon amant.L’ingrat mérite-t-il qu’on le regrette encore ?Éloignons, éloignons ce feu qui me dévore :Peut-être une autre a su, bien moins belle que moi,Le ranger, l’enchaîner sous son injuste loi ;Peut-être en cet instant sa bouche lui répèteLes serments qu’il me fit de m’aimer à jamais…Ruisseau ! si quelquefois cette nymphe inquièteSur tes bords enchanteurs vient respirer le frais,Dis-lui que le berger qui l’aime,Que ce berger jura de m’adorer de même.
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de gilbert, Paris, CHEZ DALIBGN, LIBRAIRE, 1823· numérisation archive.org· Sources