Le Cap Éternité, 1919· Le cap éternité
Chant VIII. Le Cap Trinité
Ce rocher qui de Dieu‖ montre la majesté,Qui dresse sur le ciel‖ ses trois gradins énormes,Et verticalement‖ divise en trois ses formes,Il mérite trois fois‖ son nom de Trinité.
Son flanc vertigineux,‖ creusé de cicatricesEt plein d’âpres reliefs‖ qu’effleure le soleil,Aux grimoires sacrés‖ de l’Égypte est pareil,Quand l’ombre et la lumière‖ y mêlent leurs caprices.
Les bruns, les gris, les ors,‖ les tendres violets,À ces signes précis‖ joignent des traits plus vagues,Et le céleste azur‖ y flotte au gré des vagues,Qui dans les plis profonds‖ dardent leurs gais reflets.
Est-ce quelque Titan,‖ est-ce plutôt la foudre,Qui voulut imprimer‖ ici le mot « toujours » ?Quels sens recèlent donc‖ ces étranges contours ?Pour la postérité‖ quel problème à résoudre !
Ô Cap ! en confiant‖ au vertige des cieuxNotre globe éperdu‖ dans la nuit séculaire,Le Seigneur s’est penché‖ sur ta page de pierre,Digne de relater‖ des faits prodigieux.
Il a mis sur ton front‖ l’obscur secret des causes,Les lois de la nature‖ et ses frémissements,Pendant qu’elle assignait‖ leur forme aux élémentsDans l’infini creuset‖ de ses métamorphoses ;
Et, scellant à jamais‖ les arrêts du destinAvec l’ardent burin‖ de la foudre qui gronde,Il a, dans ton granit,‖ gravé le sort du monde,En symboles trop grands‖ pour le génie humain.
En signes trop profonds,‖ pour que notre œil pénètreLa simple vérité‖ des terrestres secrets,Pendant que nous osons‖ forger des mots abstraitsEt sonder le mystère‖ insondable de l’être.
La Nature nous parle‖ et nous l’interrompons !Aveugles aux rayons‖ de la sainte lumière,Sourds aux enseignements‖ antiques de la terre,Nous ne connaissons pas‖ le sol où nous rampons.
Nous n’avons pas assez‖ contemplé les aurores,Nous n’avons pas assez‖ frémi devant la nuit,Mornes vivants dont l’âme‖ est en proie au vain bruitDes savantes erreurs‖ et des longs mots sonores !
En vain la Vérité‖ s’offre à notre compasEt la Création‖ ouvre pour nous son livre :Avides des secrets‖ radieux qu’il nous livre,Nous les cherchons ailleurs‖ et ne les trouvons pas.
Nous n’avons pas appris‖ le langage des cimes :Nous ne comprenons pas‖ ce que clament leur voix,Quand les cris de l’enfer‖ et du ciel à la foisSemblent venir à nous‖ dans l’écho des abîmes.
Et l’ange qui régit‖ l’or, le rose et le bleu.Pour nos yeux sans regard‖ n’écarte pas ses voiles,Quand le roi des rochers‖ et le roi des étoilesNous parlent à midi‖ dans le style de Dieu.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a majesté / Trinité masculine, classiqueb énormes / formes féminine, classiquea cicatrices / caprices féminine, classiqueb soleil / pareil masculine, classiquea violets / reflets masculine, classiqueb vagues féminine, classiquea foudre / résoudre féminine, classiqueb toujours / contours masculine, classiquea cieux / prodigieux masculine, classiqueb séculaire / pierre féminine, classiquea causes / métamorphoses féminine, classiqueb frémissements / éléments masculine, classiquea destin / humain masculine, classiqueb gronde / monde féminine, classiquea pénètre / l’être féminine, classiqueb secrets / abstraits masculine, classiquea l’interrompons / rampons masculine, classiqueb lumière / terre féminine, classiquea aurores / sonores féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquea compas / pas masculine, classiqueb livre féminine, classiquea cimes / abîmes féminine, classiqueb voix / fois masculine, classiquea bleu / Dieu masculine, classiqueb voiles / étoiles féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cap Éternité, Montréal, Édition du devoir, 1919· numérisation poesies.net· Sources