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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Cap Éternité, 1919· Le cap éternité

Chant VII. Ave Maria

Charles Gill· strophes variées, alexandrins, 95 vers

De nouveau, la douleur‖ envahissait mon être.Dès que la nuit trop brève‖ au Levant eût pâli,Quand furent disparus‖ le Silence et l’Oubli,J’ai senti le remords‖ de mon passé paraître.

De nouveau la douleur‖ envahissait mon être.

Sur le premier degré‖ du grand cap Trinité,La mère de Jésus‖ se dressait dans l’aurore…Cependant que ma voix‖ troublait l’écho sonore,Le cri silencieux‖ de mon cœur est monté

Plus haut que le sommet‖ du grand cap Trinité.

— « Ave ! Je vous salue,‖ ô Vierge immaculée !Ave ! Je vous salue,‖ ô Mère du bon Dieu !Reine qui triomphez‖ dans le royaume bleuDont vous portez au front‖ la couronne étoilée,

Ave ! Je vous salue,‖ ô Vierge immaculée !…

Mais j’ai perdu le droit‖ de contempler le ciel,Et je suis trop méchant‖ pour prier, Vierge Sainte ;J’hésite à vous parler ;‖ je m’approche avec crainteDe ce vertigineux‖ et formidable autel,

Car j’ai perdu le droit‖ de contempler le ciel.

Pourtant, des affligés‖ vous êtes l’espérance,Et vous tendez les bras‖ au pécheur repentant :Son soupir étouffé,‖ votre oreille l’entendComme les chants joyeux‖ de la tendre innocence,

Puisque des affligés‖ vous êtes l’espérance,

Ô Reine des Martyrs,‖ Mère du Rédempteur,Venez à mon secours‖ au bord du précipice !…Votre âme est un Miroir‖ de céleste Justice,Et votre corps sans tache‖ est l’Urne de l’Honneur,

Ô Reine des Martyrs,‖ Mère du Rédempteur !

Je veux guérir ma peine‖ en chantant ma patrie.Faites qu’au rêve bleu‖ de votre doux regardDescende sur mon œuvre‖ un rayon du grand art !Donnez plus de noblesse‖ à ma lyre attendrie :

Je veux guérir ma peine‖ en chantant ma patrie.

Laissez venir à moi‖ le chœur des Séraphins.Pour que les beaux yeux purs‖ toujours puissent me lire,Faites qu’aux harpes d’or‖ il accorde ma lyre,Et qu’il berce mon rêve‖ avec ses chants divins.

Laissez venir à moi‖ le chœur des Séraphins.

Étoile du Matin,‖ donnez-moi la lumière !Pour chanter dignement‖ les martyrs et les preux,Pour qu’en un style clair,‖ sonore et généreux,J’évoque ces grands morts‖ couchés dans leur poussière,

Étoile du Matin,‖ donnez-moi la lumière !

Devant votre infini‖ je vous aime à genoux.L’amour qui monte à vous,‖ monte jusqu’à Dieu même :Vous aimer, c’est lui dire‖ avec l’esprit : Je t’aime ;C’est l’adorer deux fois‖ que l’adorer en vous !

Souffrez qu’un malheureux‖ vous adore à genoux.

Oui, certes, je le sais.‖ Dieu seul est adorable.Mais puisqu’un sang divin‖ en vous a palpité,Et qu’en vous se complaît‖ la Sainte Trinité,Votre nom douloureux‖ est plus que vénérable :

Par le sang de Jésus‖ vous êtes adorable !

Tant que sur les linceuls‖ les mères pleureront,Et tant que la candeur‖ souffrira pour le crime,Jamais croyant, épris‖ d’un idéal sublime,Vers un culte plus beau‖ ne lèvera son front,

Tant que sur les linceuls‖ les mères pleureront !

Je viens vous implorer‖ au saint nom du Calvaire.Osant, malgré ma honte‖ et mon indignité,Comparer aux douleurs‖ de la DivinitéLe juste châtiment‖ d’un pécheur sur la terre,

Je viens vous implorer‖ au saint nom du Calvaire.

Au gibet de la Vie‖ on m’a crucifié !J’ai ployé sous le faix‖ et j’ai subi l’injure ;Une tourbe odieuse‖ a raillé ma torture,Quand, trahi, sans espoir,‖ éperdu, j’ai crié.

Au gibet de la Vie‖ on m’a crucifié !

Refuge des Pécheurs,‖ Rose Mystérieuse,Lumière qui montrez‖ la rive aux naufragésEt la porte du ciel‖ aux pauvres affligés,Ne m’abandonnez pas‖ dans la tourmente affreuse !

Refuge des pécheurs,‖ Rose mystérieuse !

Daignez vous rappeler‖ l’enfant qui vous aimait !Celui qui maintenant‖ affronte les orages,Vous cherchait du regard‖ au milieu des nuagesQue son illusion‖ en anges transformait.

Daignez vous rappeler‖ l’enfant qui vous aimait !

Il vous voyait sourire‖ au fond de l’Empyrée.Il vous priait tout bas,‖ mains jointes et tremblant ;Et quand il s’endormait‖ dans son petit lit blancEn pressant sur son cœur‖ votre image sacrée,

Il vous voyait sourire‖ au fond de l’Empyrée.

Front sublime, incliné‖ sur l’aurore de Dieu,Ne vous détournez plus‖ de ma longue agonie,Pour qu’au rayonnement‖ de la grâce infinieLe repentir me vienne‖ à l’heure de l’adieu,

Front sublime, incliné‖ sur l’aurore de Dieu !

Ave !… par un sanglot‖ ma prière s’achève…Mais l’âme à votre cœur‖ parle mieux que la voix…Quand je m’endormirai‖ pour la dernière fois,Comme au temps du lit blanc‖ daignez bénir mon rêve !Ave !… par un sanglot‖ ma prière s’achève.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
17[abbaa] 1[abba] 1[abaabb]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a être / paraître féminine, classiqueb pâli / l’Oubli masculine, classiquea Trinité / monté masculine, classiqueb l’aurore / sonore féminine, classiquea immaculée / étoilée féminine, classiqueb Dieu / bleu masculine, classiquea ciel / autel masculine, classiqueb Sainte / crainte féminine, classiquea l’espérance / innocence féminine, classiqueb repentant / l’entend masculine, classiquea Rédempteur / l’Honneur masculine, classiqueb précipice / Justice féminine, classiquea patrie / attendrie féminine, classiqueb regard / art masculine, classiquea Séraphins / divins masculine, classiqueb lire / lyre féminine, classiquea lumière / poussière féminine, classiqueb preux / généreux masculine, classiquea genoux / vous masculine, classiqueb même / t’aime féminine, classiquea adorable / vénérable féminine, classiqueb palpité / Trinité masculine, classiquea pleureront / front masculine, classiqueb crime / sublime féminine, classiquea Calvaire / terre féminine, classiqueb indignité / Divinité masculine, classiquea crucifié / crié masculine, classiqueb l’injure / torture féminine, classiquea crucifié / naufragés / affligés masculine, classiqueb Mystérieuse / affreuse / mystérieuse féminine, classiquea aimait / transformait masculine, classiqueb orages / nuages féminine, classiquea l’Empyrée / sacrée féminine, classiqueb tremblant / blanc masculine, classiquea Dieu / l’adieu masculine, classiqueb agonie / infinie féminine, classiquea s’achève / rêve féminine, classiqueb voix / fois masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

95 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cap Éternité, Montréal, Édition du devoir, 1919· numérisation poesies.net· Sources