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un seul est le mot juste.

Le Cap Éternité, 1919· Les étoiles filantes

Neige de Noël

Charles Gill· sizains, alexandrins, 64 vers

I

Le soleil de décembre‖ est disparu sans flammes.Il neige. C’est Noël.‖ Le mystère des cieuxDonne, en la grande paix‖ du soir silencieux,La blancheur à la terre‖ et la lumière aux âmes.

L’onde qu’en pur cristal‖ l’abîme constella,Veut embellir la nuit‖ de la très sainte fête ;C’est le rêve éthéré‖ de l’espace, qui jetteSur les sombres vivants‖ ce rayon d’au-delà.

Avec le flot lacté‖ des plages éternelles,Les anges sont venus ;‖ ils veillent près de nous ;Et le cœur attendri‖ des croyants à genouxPeut rythmer son extase‖ aux frissons de leurs ailes.

Le tourbillon s’engouffre‖ à pleine immensité ;Déjà, la terre a mis‖ sa robe à blanche traîne ;Ville, fleuve, forêt,‖ montagne, gouffre et plaine,D’innocence vêtus,‖ sont prêts, Divinité !

II

Quand la goutte d’eau monte‖ avec l’envol des nues,Jusqu’au sein glacial‖ des sphères inconnuesDont le regard stellaire‖ est l’unique témoin,Elle se cristallise‖ en fin duvet de cygne.Mais, marquée au rayon‖ d’un plus céleste signe,La neige de Noël‖ doit venir de plus loin.

Les lys majestueux‖ que des soleils féeriquesFont fleurir sous les pas‖ des groupes séraphiques,Sont morts dans le jardin‖ sans fin du pays bleu ;Comme des fleurs d’en bas,‖ qu’un jour sans astre afflige,Ils ont penché leur front‖ expirant sur leur tige,Quand ils ont vu partir‖ le petit bébé Dieu.

Le trépas a laissé‖ du ciel sur leurs pétales ;Son souffle a respecté‖ ces virginités pâles,Car un rayon divin‖ sur elles avait lui ;C’est donc du ciel qui tombe‖ avec leur beauté morte,Éperdument livrée‖ au souffle qui l’emporte,Dans l’orgueil de descendre‖ en même temps que Lui.

Et les lys trépassés‖ ont caché les épines ;Ils ont enseveli‖ la pente des collinesOù, bientôt, le Martyr‖ succombera trois fois ;Ils ont enveloppé,‖ dans l’éclat froid des marbres,Les oliviers, et les‖ roseaux, et ces grands arbresQue les hommes pervers‖ assembleront en croix.

Étale-toi, splendeur,‖ entre le globe infimeOù l’humanité rampe,‖ et l’insondable abîme !Croule aux quatre horizons,‖ avalanche de lys !Tombe, tombe toujours,‖ pureté, tombe encore,Pour que Ses yeux, demain,‖ à leur première aurore,Retrouvent en notre ombre‖ un peu du Paradis !

III

Tombe, tombe, cristal !‖ La paille de l’étable,Entre le bœuf stupide‖ et l’âne misérable,Reçoit le corps frileux‖ du grand Nazaréen.Mais le Monde lassé‖ du mensonge ancien,Le Monde que remplit‖ Son cœur et Son génie,Le Monde est le berceau‖ de l’Idée infinie !…Tombe, tombe, cristal !‖ Le vertige des cieuxDéchaîne, cette nuit,‖ tes prismes radieuxSur l’aube des pardons‖ et sur la fin des haines,Sur la rédemption‖ des faiblesses humaines,Sur la miséricorde‖ et la fraternité,Sur l’espoir des mortels‖ en leur éternité !…Drape-toi dans la neige‖ immaculée, ô terre !Pare-toi de candeur,‖ pare-toi de lumière !Les principes du Maître,‖ enfin, te sont donnés…Sur le recueillement‖ de nos fronts inclinés,Tombe, tombe, cristal‖ de la voûte profonde :Il faut des langes blancs‖ dans le berceau du Monde !

Versification

Forme
Sizains
Rimes
4(abba) 5(aabccb) 9((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
4 sizains, 1 distique
Mots à la rime
a flammes / âmes féminine, classiqueb cieux / silencieux masculine, classiquea constella / d’au-delà masculine, classiqueb fête / jette féminine, classiquea éternelles / ailes féminine, classiqueb nous / genoux masculine, classiquea immensité / Divinité masculine, classiqueb traîne / plaine féminine, classiquea nues / inconnues féminine, classiqueb témoin / loin masculine, classiquec cygne / signe féminine, classiquea féeriques / séraphiques féminine, classiqueb bleu / Dieu masculine, classiquec afflige / tige féminine, classiquea pétales / pâles féminine, classiqueb lui / Lui masculine, classiquec morte / l’emporte féminine, classiquea épines / collines féminine, classiqueb fois / croix masculine, classiquec marbres / arbres féminine, classiquea infime / abîme féminine, classiqueb lys / Paradis masculine, classiquec encore / aurore féminine, classiquea l’étable / misérable féminine, classiqueb Nazaréen / ancien masculine, classiquea génie / infinie féminine, classiqueb cieux / radieux masculine, classiquea haines / humaines féminine, classiqueb fraternité / éternité masculine, classiquea terre / lumière féminine, classiqueb donnés / inclinés masculine, classiquea profonde / Monde féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cap Éternité, Montréal, Édition du devoir, 1919· numérisation poesies.net· Sources