Le Cap Éternité, 1919· Le cap éternité
Stances aux Étoiles
Étoiles ! tourbillon‖ de poussière sublimeQu’un vent mystique emporte‖ au fond du ciel désert,À vouloir vous compter,‖ notre calcul se perdDans le vertigineux‖ mystère de l’abîme.
Étoiles, tourbillon‖ de poussière sublime !
Le puissant télescope‖ ouvre son œil en vain.Vous n’avez pas livré‖ le secret de votre être,Et nous vous admirons‖ sans pouvoir vous connaître,Quand descend dans le soir‖ votre rêve divin,
Le puissant télescope‖ ouvre son œil en vain !
Yeux d’or indifférents‖ aux frêles destinées,Des peuples ont sombré‖ dans le fatal remous,Avant que vos rayons‖ égarés jusqu’à nousAient franchi la distance‖ en des milliers d’années.
Yeux d’or indifférents‖ aux frêles destinées !
Vous planez sur la Mort,‖ vous planez sur l’oubli.Le Temps emporte tout,‖ le siècle comme l’heure ;Tout se perd, tout s’écroule…‖ et votre aspect demeureTel qu’il le fut jadis‖ pour maint enseveli.
Vous planez sur la Mort,‖ vous planez sur l’oubli !
Vous hantez le silence‖ altier des solitudes.Ô points d’or qui veillez‖ en des gouffres muetsOù les clameurs d’en bas‖ ne bourdonnent jamais,Vous ignorez le cri‖ des viles multitudes.
Vous hantez le silence‖ altier des solitudes !
Vous brillez dans mon cœur‖ autant que dans la nuit.— Ô merveille des cieux,‖ tu tiens là tout entière ! —J’y garde vos reflets‖ comme en un sanctuaire,Et plus d’un noir chagrin‖ devant eux s’est enfui.
Vous brillez dans mon cœur‖ autant que dans la nuit !
Phares de l’Infini,‖ vous éclairez mon âme !Votre immense problème‖ atteint l’Éternité ;Vous me révélez Dieu‖ par votre majesté :Je vois luire son nom‖ dans vos disques de flamme.
Phares de l’Infini,‖ vous éclairez mon âme !
Oh ! guidez-vous les morts‖ dans leur envol vers Dieu ?Mon esprit, délivré‖ du fardeau périssable,S’engloutira peut-être‖ en l’ombre irrévocable,Ignorant de sa route‖ après l’ultime adieu.
Oh ! guidez-vous les morts‖ dans leur envol vers Dieu ?
Je t’adore, ô splendeur‖ des étoiles sans nombre !Élevant ma pensée‖ à ton niveau géant.J’ai vu l’âme immortelle‖ et nié le néant,Car, à te contempler, j’ai grandi dans mon ombre !…
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 9[abbaa]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a sublime / l’abîme féminine, classiqueb désert / perd masculine, classiquea vain / divin masculine, classiqueb être / connaître féminine, classiquea destinées / d’années féminine, classiqueb remous / nous masculine, classiquea l’oubli / enseveli masculine, classiqueb l’heure / demeure féminine, classiquea solitudes / multitudes féminine, classiqueb muets / jamais masculine, classiquea nuit / enfui masculine, classiqueb entière / sanctuaire féminine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb l’Éternité / majesté masculine, classiquea Dieu / adieu masculine, classiqueb périssable / irrévocable féminine, non classiquea nombre / ombre féminine, classiqueb géant / néant masculine, non classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
45 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cap Éternité, Montréal, Édition du devoir, 1919· numérisation poesies.net· Sources