Poèmes parisiens, 1897· Almanach
Sonnet d’épée
L’Épée a soif. Alors on va dans la verdure :On est dix, en comptant cochers et médecins,Quatre témoins, et deux modernes spadassinsQui doivent s’épingler le bras d’une piqûre.
Au prochain cabaret mijote la friture.L’aubergiste tourna ses couteaux assassinsVers les canards, qu’un jeu bizarre des destins,A propos de duel, transforme en nourriture.
Bientôt, le premier sang qu’on réclame est versé.Mais, tandis qu’un docteur éponge le blessé,L’Épée allonge à sec sa langue vipérine.
Elle rêve qu’ils sont rouges, les coutelas !…Aussi, lasse parfois de vacciner des bras,Elle boit à grands coups le sang d’une poitrine.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes parisiens, Paris, IMPRIMÉ POUR HENRI BERALDI, 1897· numérisation gallica.bnf.fr· Sources