Poèmes parisiens, 1897· Vache enragée
Sur la route de Charenton
Enterrement étrange !Un angeEst cloué dans un cercueil.Quatre lourdes guitaresBizarres,Cahotant, mènent le deuil.
Dans une âcre fuméeForméePar les pipes de l’amant,L’ombre de la maîtresseTraîtresseS’avance tranquillement.
Plus loin, une bouteilleTrès vieille,Dont on a bu le cognac,Sur le pavé qui glisseEsquisseUne marche ab hoc ab bac.
Un fantôme revêche,La dèche,Sous un chapeau défoncéOuvrant sa gueule énorme,S’informeQui des siens est trépassé.
Le spleen diaboliqueRéplique :C’est un frêle mirliton,L’âme d’un très chouettePoète,Qu’on emporte à Charenton.
La bouteille grivoiseDégoise :J’ai ramolli son cerveau.Oh ! dit la femmeletteSquelette,Mes flancs furent son caveau.
Les guitares, boiteusesChanteuses,Grinçant avec désespoir,Geignent : La poésieTransieEst un lugubre éteignoir.
Or, ma carcasse infâme,Sans âme,Sortant du fond des égouts,Regarda d’un air bêteMa têteAller au pays des fous.
Depuis lors, par la villeServileEt parmi les libres champs,Comme en terre étrangère,Seul j’erre,Sans raison, hurlant des chants.
54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes parisiens, Paris, IMPRIMÉ POUR HENRI BERALDI, 1897· numérisation gallica.bnf.fr· Sources