Au clair de la dune, 1909
XXX. Citrons
L’étal resplendissait aux flambes du matin.Les rougets surchauffés reflétaient leurs cinabresAu ventre des turbots en robe de satin,Et les saumons d’argent avaient l’éclat des sabres.
Sur le marbre laiteux les cabillauds camardsS’allongeaient, lourds voisins de l’ablette irisée ;Dans leur justaucorps pourpre éclataient les homardsPrès de l’algue où bâillait l’huître vert-de-grisée.
Mais les citrons surtout me charmaient : fruits joyeuxCrevant comme un sein dur le fin papier soyeux…Leur parfum m’est plus doux que le parfum des fraises,
Et longtemps j’aimerai leurs contours séduisants,Car devant les citrons effilés et luisantsJe rêve aux tétins d’or pâle des Japonaises.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources