Au clair de la dune, 1909
XXIX. Train des maris
L’air au loin s’obscurcit d’un nuage safran.Dans son ombre s’avance, ainsi qu’un dieu d’Olympe,Le train des samedis où seul Saint-Joseph grimpe.Vague, un grand cliquetis de bois vient en courant.
Comme un coup de canif aigre et perçant, ce merleDe métal, le sifflet, a retenti, railleur,Puis sous le blond soleil brillent, hauts en couleurJaune, les cuivres neufs que la vapeur emperle.
Le coursier mugissant s’arrête enfin, fourbu.De « dame seule » point : des gens, menton barbu,Qui roulent quatre à quatre et se pendent, énormes,
Au cou de leurs moitiés fidèles… Ce sont eux :Cannes à bec de corne et gibus haut de formes…Lors se prit à souffler un vent, terreur des bœufs.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources