Au clair de la dune, 1909
IV. Eau bénite
Or, donc on a béni la mer :Oh ! les trois fois heureuses vagues…On nous purgea le flot amerA grand renfort d’oraisons vagues.
On a béni sans doute aussiDu même coup, les estacades.Voilà, mesdames, Dieu merci !De quoi refroidir vos cascades…
Mais cette bénédiction,De par ses vertus accomplies,Étendit-elle son onctionSur les soles et sur les plies ?
Peut-il, le goupillon sacré,Répandre ses grâces congruesSur l’aiglefin, ventre nacré,Et sur les maussades morues ?
Du même élan sanctifiantLa grande, l’immense cuvette,Avec le crabe édifiantCanonisa-t-il la crevette ?
Sut-il, enfin, le bénisseur,En son beau geste fait au moule,Bénir l’huître noble et sa sœurPlus démocratique, la moule ?
Quoi qu’il en soit, déjà le flotA venir vers lui nous invite :Nous allons former un bon lotDe beaux diables dans l’eau bénite.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources