Au clair de la dune, 1909
III. Gros temps
Temps lugubre, ciel morne au front chargé de haineOù galope en maudit le nuage au flanc lourdQui s’abat sur la mer sinistre, s’y déchaîne,Crève et mêle son onde aux ondes du flot sourd.
Ni rires ni rayons : les plages sont désertes.Déjà l’essaim frileux des baigneuses s’enfuit,Les sables esseulés se tachent d’algues vertesOù brillaient les talons féminins au doux bruit.
En grand courroux la mer hurle, mugit, se cabre,Conviant les flots noirs à la valse macabreQue cingle dans son vol l’aile des goëlands.
Loin, bien loin, par delà la vague aux cris troublants,Comme au fond de mon cœur où vient sourdre une larme,Gronde confusément quelque canon d’alarme.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources