Au clair de la dune, 1909
XVI. La mer enrhumée
La mer pince parfois des rhumes étonnantsEt sinistres. La nuit, elle dort toute nue,Il est vrai, sous le grand ciel de suie, et la nueCrève, glaçant son ventre et ses seins frissonnants.
Un catarrhe chronique en ses flots moutonnantsSe déchaîne, s’essouffle et la vague éternueAvec un bruit rythmé de basse continue,Par vous repris en chœur, échos environnants.
Elle tousse, elle éructe et renâcle, ô phtisieDe géant, redoutable en son hypocrisie,Car parfois son chant doux monte, clair, vers le ciel.
Et ce n’est certes pas un mal artificielOù la quinteuse crache, en sa rage confuse,Ses monstrueux poumons, méduse par méduse.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources