Au clair de la dune, 1909
XV. Les mouettes
Les mouettes aux ailes grisesTourbillonnent sur les flots bleusEt, plus légères que les brises,Déroulent leur vol onduleux,Les mouettes aux ailes grises.
Je voudrais choisir l’une d’elles,Confidente de mes aveux,Pour l’envoyer à tire-d’ailesAu loin porter mes tendres vœux…Je voudrais choisir l’une d’elles…
Je lui dirais : va près de celleDont les yeux aux flammes d’acierOnt dans mon cœur, d’une étincelle,Allumé l’éternel brasier…Je lui dirais : va près de celle,
Près de celle qui tient ma vieDans un sourire, dans un pleur,Montre-lui ma force asservieAgonisant dans la douleurLoin de celle qui tient ma vie.
O blanche messagère ailée,Dis-lui ma peine et mon ennui,Dis-lui que mon âme esseuléeReferme son aile en la nuit,O blanche messagère ailée,
En la nuit morne de l’absenceOù, sevré du charme vainqueurDe sa chère toute-puissance,Languit et trépasse mon cœurEn la nuit morne de l’absence.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources