Au clair de la dune, 1909
VIII. Marine sentimentale
J’ai vu la mer, j’ai vu la mer immense et blondeElle étalait sa nappe au large horizon grisEt l’on eut dit, là-bas, le firmament et l’onde,Deux lèvres de géant closes dans un souris.
Au soleil emperlant son dos frangé, la vagueS’en venait se rouler sur le sable étoiléDe coquillages blancs où dort la plainte vagueDe quelque néréide à l’amour envolé.
La mouette rayait, grise, le flot qui gronde…J’ai vu la mer, j’ai vu la mer immense et blondeElle poussait vers moi son grand rugissement.
Mais sa voix ne saurait étouffer dans mon âmeL’inoubliable et doux et long bruissementDu chaud baiser d’adieu de sa lèvre de flamme.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources