Au clair de la dune, 1909
IX. Pieuvre
A l’égal des beaux soirs qu’empourpre le soleilVotre chevelure flamboie :Votre front radieux et serein, c’est l’éveilDe l’aurore en robe de soie.
Votre bouche est semblable à quelque fleur de sang,Fleur qui consume, fleur qui glace.Votre bras, des lis frère en blancheur, est puissantComme un serpent qui vous enlace.
Dans votre rire ailé je bois l’oubli vainqueur…Ils rappellent, vos yeux, la mer profonde et brune,La morne mer des nuits sans lune.
Et comme cette mer sombre et sans fond, mon cœurEntr’ouvre un autre abîme où mon œil en vain plongePour voir la pieuvre qui le ronge.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources