Au clair de la dune, 1909
XXI. Vous êtes partie…
Vous êtes partie et la plage est morne,Et la mer se meurt sur le sable nu.Le ciel est en deuil… Seule, au soir venu,La lune moqueuse y pointe sa corne…
Vous êtes partie, et tout est rancœur.Dans le ciel boudeur le soleil est pâleEt la dune froide aux reflets d’opaleN’a plus ni chanson ni rire vainqueur.
Vous êtes partie, il n’est plus de joie.Sur la plage sombre un crêpe s’étendEt la bise émet son râle attristantOù la brise avait des frous-frous de soie.
Des filles de mer confident discret,Le clair coquillage, en cette pluie âcre,A tu les soupirs de son sein de nacreEt ne livre plus le tendre secret.
Là-bas, où, du Nord, la voix désoléePleure sur la grève âpre et sans écho,Saigne tristement un coquelicot :Tel mon cœur où s’ouvre une rouge plaie…Là-bas, sur la grève âpre et sans écho.
21 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources