Au clair de la dune, 1909
XVIII. Yeux noirs
Un sonnet sur vos yeux, Madame, c’est le diable…Car ne sont-ils pas noirs comme on le dépeint, lui ?Mais dans votre prunelle un rayon grave a lui…Bref, vos yeux sont très noirs, c’est irrémédiable.
Irais-je comparer ces deux mauvais sujetsAux larmes de la nuit, à des fleurs de bitume,A deux grains de café sans la moindre amertume,A des bijoux d’ébène ou des perles de jais ?
Quel maître joaillier sertit ces gemmes sombresAu creux de votre orbite où de magiques ombresFont plus blanche votre âme y venant prendre l’air ?
Dans l’océan, un soir, un dense soir d’orage,Satan a dû puiser le féerique cirageDe ces diamants noirs au ténébreux éclair.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au clair de la dune, Bruxelles, OSCAR LAMBERTY, ÉDITEUR, 1909· numérisation gutenberg.org· Sources