Au pays de Manneken-pis, 1883
Blanchisseuses
LE chœur charmant des blanchisseusesTrotte en ville de bon matin ;Ce sont de solides marcheuses,A les suivre on perd son latin.
Sans répondre aux mots qu’on leur lanceNi s’arrêter à rire d’eux,Portant le panier qui balanceElles vont parfois deux à deux
Ou bien seules, — de leurs mains platesHaussant le linge étincelantQui palpite à leurs omoplatesComme une aile de goëland.
D’autres passent droites, splendides,Leur van sur la tête. Hola !On dirait des cariatidesMais bien modernes, celles-là.
Mieux qu’au feu d’un opéra-bouffeChante et sourit leur bouche en fleurEt dans leur corsage qui bouffeSe démène un sein grand parleur.
Il en est qui courent les ruesLa corbeille passée au bras,Montrant des mines peu bourruesOù semble écrit : Tu tomberas !
Aux garnis des célibatairesElles montent le linge fin :Loin des mamans et des notairesLeurs visites n’ont point de fin…
Puis, quand les heures sont pressantes,Dégringolent les escaliersQuatre par quatre, et, rougissantes,Défripent leur pouf aux paliers.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources