Au pays de Manneken-pis, 1883
Utilités
Le mitron, leste à la riposte,Blanc comme un pastel de Boucher,Le robuste garçon boucher
Et le doux facteur de la poste,Forment le trio d’amoureuxTraditionnels, point langoureux,
Des cuisinières, des servantes,Des grosses filles de quartier,Gentes compagnes du rentier
Parfois aussi ses épouvantes !Tels sont les amis quotidiensDe ces mauvais anges gardiens.
Le garçon boulanger doit plaire.Discret, mélancolique et douxIl sait courir les guilledous.
Sa chair luit d’un éclat polaire :La farine met sur ses risUne fleur de poudre de riz.
Le facteur passe austère et grave.Il porte un digne pantalonEt sa casquette a du galon :
C’est presque un militaire ! Un braveAmoureux, en somme, et qui faitQuelquefois un mari parfait…
O jeune boucher, l’amour t’orneDe ses dons ! Rablé, rubicond,D’attaque toujours, et fécond
En mots crus dont la maritorneS’aiguise le tempérament.Ecce homo ! Voici l’amant
Cher à ses passions formelles.Car la bonne est, en vérité,Un peu comme la Liberté :
Elle a de puissantes mamellesEt veut qu’on l’embrasse, en passant,Avec des bras rouges de sang !
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources