Au pays de Manneken-pis, 1883
Commissionnaires
LES commissionnaires tout blancsAttendent aux portes des garesLes colis, que leurs poings troublantsSe disputent dans des bagarres.
Comme un vol de moineaux rageursS’abattant sur une cerise,Ils tombent sur les voyageursEt décampent avec leur prise.
Il faut bien suivre, et l’on mauditLe porteur qui n’en veut démordreEt vante en courant, le bandit !Quelque hôtel de quatrième ordre.
Cependant ils sont bons enfants,Et pour porter le billet tendreMarcheront à pas triomphantsPuis, sans geindre, sauront attendre.
Ils ont, sous leurs airs abattus,La vigilance des cerbères,Le stoïcisme des vertusQui posent sous les réverbères.
Ce qui rend notre homme faraudEt lui donne jambes de lièvre,Ce n’est point le pesant faroMais certes le subtil genièvre.
Aussi la plaque aux coins fourbisSur sa blouse en vain carillonne,Elle est pâle auprès des rubisDont sa trogne s’envermillonne !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources