Au pays de Manneken-pis, 1883
Vendeuse d’oranges
Sous nos cieux mornes et frileuxEt sans cesse d’humeur boudeuse,J’aime à voir passer la vendeuseDe pommes d’or des pays bleus.
J’aime la marchande d’orangesPoussant sa charrette où bruit,Riche en rayonnements étranges,Le fruit d’ambre, le joyeux fruit.
Son fauve éventaire balanceSes rutilements dans nos grisOù, parmi les relents aigris,Monte son parfum de Valence.
C’est un coin de l’azur rêvéQui se promène par nos rues,C’est un peu de soleil trouvéAu sein de nos brumes bourrues.
Ce sont les chansons du Midi,Ses sourires, son printemps rose,Venant égayer notre proseEt tiédir le cour engourdi.
Ce sont les fleurs des mariéesEt leur symbole embarrassantQue les vertus avariéesInsultent de l’ail, en passant…
La marchande braille à la ronde.Son visage dur et grognonNe fait pas songer à Mignon,Mais sa gorge est petite et ronde :
Elle a des luisants de métalEt je laisserais, ô mégère,Les oranges de ton étalPour celles de ton étagère !
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources