Au pays de Manneken-pis, 1883
Communiantes
Une fois par an, vers les Pâques,On voit les trottoirs panachésDe marmousets endimanchésTrottant par les frimas opaques.
Car la rue est blanche, elle aussi,Comme une prime communiée :La neige s’est ingéniéeA fourrer le pavé transi.
Et les petits pieds des fillettesPincés dans le mince satinMartèlent depuis grand matinLe givre aux cruelles paillettes.
Dans la blancheur du calicotLes fronts ont des pâleurs d’opale,Seul flambe sur la bouche paleLe nez — comme un coquelicot !
La bise coule sa main froideAux dos maigres, couleur navet,Sous la rotonde de duvetQui fait tenir la tête roide.
Le froid glisse plus bas, plus bas…Le voile que le vent dérangeÉparpille sa fleur d’orange…Les petons gèlent dans les bas.
Or, bénissant leurs couturièresLes mamans, sans nuls repentirs,Entraînent les jeunes martyrsVers les églises meurtrières.
On entend de petites touxDéchirer les frèles poitrinesSous les impalpables lustrines :Pauvres oiseaux pour les matous !
Car les mignonnes robes blanchesBientôt se verront emporter,Un matin, entre quatre planches…
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources