Au pays de Manneken-pis, 1883
Ramoneurs
VOYEZ, au travers de sa suieQue les jours de fête il essuie,Comme il rit, parole d’honneur,Il est heureux, le ramoneur !
Sa teinture irrémédiableLe fait comme on prétend le diable ;Mais sur sa face de charbonSon sourire blanc est si bon !
Le soir regagnant son impasse,Dans la foule, sans gêne, il passe,Effroi des jupons élégantsEt des gommeux en pâles gants.
Près de l’hirondelle il habiteLa cheminée, en cénobite :Son chant monotone et perçantSur la ville en branle descend.
Sa journée, entre ciel et terreS’écoule au tuyau délétère,Ayant l’azur pour parasol…Mais quand il revient sur le sol
Son cœur s’éprend quoiqu’il en coûte…Ah ! dites-moi donc qui l’écouteEt sur quels seins va se poserLa fleur noire de son baiser ?
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources