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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Au pays de Manneken-pis, 1883

Rustiques

Théodore Hannon· 48 vers

J’ai rencontré, place Madou,La dernière des crinolines.Elle débarquait Dieu sait d’ou :Vilvorde, Gand, Alost, Malines !..

Cette mécanique du cruNichait sa fluxion grotesqueSous une robe d’un bleu cruQu’elle ballonnait, gigantesque.

La cage aux multiples ressortsMettait sous la jupaille fièreLa boussouflure et les essorsIndécis d’une mongolfière.

La campagnarde s’avançaitDans l’encombrement de sa morgueRaide en son rigide corset,Et barbare comme un air d’orgue !

Ses yeux rondissaient bêtes, douxSous un front étroit. Sa marotteSemblait de lustrer au saindouxSes bandeaux plats de ton carotte.

Son derme avait le lustre grasQu’on aime à la charcuterie.L’oreille aux lobules ingratsS’ornait d’une ferblanterie.

Sur sa tête un bruyant bonnetHérissait une botaniqueCompliquée et qui détonnait,Faisant à nos Linné la nique !

Un mouchoir constellé de poisMulticolores sur fond jaune,Sous le corsage aux durs empoisRecroisait des pointes d’une aune.

Elle est la fine fleur des champsEt la perle de son village.Ses « pays » trouvent alléchants.Et sa carrure et son pelage.

Là-bas, pour fixer les regardsEt le cœur de cette rustaude,Ce sont luttes entre les garsQui recherchent sa main pataude.

Elle choisira le plus fort,Puis à chaque bout de l’année,Comme ses poules, sans effort,Pondra la marmaille damnée.

Sainte famille ! époux touchants !Ils disent en leur bonhomieQue c’est le seul plaisir aux champs,Pour lequel on ne paie mie.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Au pays de Manneken-pis, Bruxelles, Henry KISTEMAECKERS,éditeur, 1883· numérisation books.google.com· Sources