Rimes de joie, 1881
Chinoiserie
J’AI sur ma table une poticheChinoise, et du goût le plus fin,Qu’avec l’extase d’un fétichePlus d’un contemplerait sans fin.
Le soleil chérit son front pâleCar dans son émail lactescentToujours un rayon caressantSertit quelque perle d’opale.
Sur ses flancs polis et bleutésVient s’épanouir une flore,Belle d’inédites beautésQu’un caprice étrange colore.
L’œil découvre parmi ces fleursQui carminent l’azur des grèves,Les monstres entrevus en rêves :Dragons hagards, sphynx persiffleurs,
Folles chimères, oiseaux gauchesEt funambulesques magots,Assistant froids à ces débauchesDe cinabres et d’indigos.
Japon ! Terre-Promise rose !Sonore du chant cristallinDes tourelles de kaolinQu’un fleuve de féerie arrose !
Bercé par les senteurs du théDans l’oubli qui pleut de grands aunes,J’envie en ce nouveau LéthéLa jonque des mandarins jaunes.
Oui, dans ce merveilleux séjour,Plaise au destin sourd que je viveAux pieds d’une Chinoise olive,Grisé d’opium et d’amour !
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources