Rimes de joie, 1881
Citrons
À Jules Clère.
L’ÉTAL resplendissait aux flambes du matin.Les rougets surchauffés reflétaient leurs cinabresAu ventre des turbots en robe de satin,Et les saumons d’argent avaient l’éclat des sabres.
Sur le marbre laiteux les cabillauds camardsS’allongeaient, lourds voisins de l’ablette irisée ;Dans leur justaucorps pourpre éclataient les homardsPrès de l’algue où baîllait l’huître vertdegrisée.
Mais les citrons surtout me charmaient : fruits joyeuxCrevant comme un sein dur le fin papier soyeux…Leur parfum m’est plus doux que le parfum des fraises,
Et longtemps j’aimerai leurs contours séduisantsCar devant les citrons effilés et luisantsJe rêve aux tétins d’or pâle des Japonaises.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources