Rimes de joie, 1881
Marines
I Heure du Bain.
SUR le sable mouillé la lourde et large roueCrie. Hop ! hop ! la cabine est à l’eau. Bras menus,Cous bruns et ronds vont luire au rayon qui tatoue…
Et le chaud soleil mord cous ambrés et bras nus !
Le torse cambre et craque au maillot qui frissonne,Le vent du Nord halète et moule à plans osésLe contour lumineux qui se désemprisonne…
Et l’immodeste brise applique des baisers !
Agrafant des colliers aux gorges dédaigneuses,Le flot rieur flagelle et bat les souples flancs,Malgré vos cris mignards, ô poltronnes baigneuses…
Et la vague lascive enlace les corps blancs !
II La Mer fâchée.
La mer baîlle. Ses flots très-ennuyés font rage.La vague écume et siffle échÈvelant dans l’air,Comme un long coup de fouet, sa crinière d’orage,
Fouet monstre qu’on croirait effilé d’un éclair.
La mer est, ce matin, bien sombre, bien austère.Elle a d’étranges voix et de fantasques crisQue, tremblante, redit sa vieille sœur, la terre ;
Et les échos au loin hurlent, endoloris…
Or, devant cette mer aux farouches fanfares,Je songe à vos yeux noirs singuliers et profondsEt terribles comme elle, à vos grands yeux bizarres
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources