Rimes de joie, 1881
En Train-Express
LA machine soudain s’empanache de suie,Fend l’air d’un cri de cuivre, et part tintamarrant.Tout tremble… Hop ! elle mêle en un pas dévorantEt prés et champs et bois où l’aube en pleurs s’essuie.
Aux berges la vapeur coud des nuages blonds.Hop ! hop ! locomotive inerte !… je m’enroue.Hop ! plus vite. As-tu peur ?… Et chaque tour de roueMe rapproche de toi, fait les chemins moins longs.
Les fils du télégraphe allongent leur portéeOù, point noir, l’oisillon met des gammes sans finQue module la bise en sa course emportée.
Le sifflet a gémi. Le train s’arrête. — EnfinDans mon cœur va tinter l’heure des chaudes fièvres,Et je vole achÈver ce sonnet sur tes lèvres !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rimes de joie, Bruxelles, Gay et Doucé, éditeurs, 1881· numérisation wikisource.org· Sources